Sans Maître 2010

Sans Maître Premier volet d’une série de trois expositions et Workshops. Deuxième volet artistes sub- saharien A travers cette série d’expositions nous invitons des artistes qui n’ont pas eu l’opportunité de suivre un enseignement académique, mais qui développent un travail original qui se situ dans l’ère du temps et qui est dicté par une nécessité intérieure. Sans Maître et aussi un clin d’œil au problème de l’enseignement des arts plastiques au Maroc, un pays de 30 millions d’habitants qui ne compte qu’un seul institut national supérieur ! Depuis la création de l’école de beaux arts de Tétouan et sa mutation forcée en un institut supérieur depuis plus de 16ans, toujours pas de reconnaissance / équivalence du diplôme, aucune possibilité / bourse pour continuer les études a l’étranger ! Depuis la création de l’institut en 1992, aucun bilan n’a été fait, ni aucune réflexion– étude. Le niveau est en chute libre, le département art – qui est la colonne vertébrale de tout école d’art- est obsolète car on ne peut bâtir un enseignement supérieur sans enseignants qualifiés ni une vision globale qui pose le problème de l’enseignement de l’art dans l’école, au lycée et dans l’université. le volet Sans Maître, et non seulement valable pour les artistes qui n’ont pas eu la possibilité d’avoir accès a un enseignement académique, mais aussi pour les jeunes ‘artistes’ fraîchement diplômé, car ils n’ont pas eu une formation ‘de cadres supérieurs’ comme c’est stipulé dans le contrat… Ils sont les autodidactes de l’ère de Google…l’ère de copier coller ! par F/L PRESENTATION DES ARTISTES SAID IHARCHIOUEN Né en 1969 à Tétouan. Fondateur en 2004 de l’atelier Gravure ‘ Dhiba Iherchiouen’, Tétouan Vit et travail à Tétouan Légende de l’œuvre : Imarj3an / Champs ,2009 - pâte de Bananier, chanvre, aloès, roseaux, chardon et papyrus+ pigment de couleur + toile du jute sur châssis. Dimension 2,40 x 2,40 m. Espace 150x295 Du 01 au 30 novembre 2009 En parallèle du travail de la gravure, en tant qu’artiste qui se cherche, Said a touché au volume, à la couleur et dernièrement il mène une recherche sur la fabrication de la pâte du papier a partir des plantes naturelles qu’il récupère. Le fruit de cette nouvelle recherche est la pièce IMARJI3AN, travail réalisé pour l’espace 150 et dont la matière première est la pâte de papier de différentes plantes : Bananier, chanvre, aloès, roseaux, chardon et papier russe, le tout collé sur toile du jute sur châssis. Il n’hésite pas à rajouter de pigments de couleur afin de rendre riche sa palette pour ne pas tomber dans la monotonie des teintes qui sont offertes par la couleur naturelle des plantes. Après avoir travaillé sur le signe et sur le corps en gravure et avec des matériaux mixte, le travail actuel emprunte sa forme du motif du mendil / tissage que porte encore les femmes dans les campagnes du nord, ainsi que des formes de parcelles de terre que l’on voit des hauteurs des montagnes. La hauteur, la montagne, la nature et les formes tracées par l’homme ont toujours attirées Said Iherchiouen. Dans le travail IMARJI3AN Le motif du mendil est prétexte pour réaliser des lignes - surfaces planes et a d’autres en relief. On dirait des sillons d’une terre fraîchement labourée. Said vient de trouver la matière et les formes pour traduire son paysage intérieure / reflet de son enfance. Mohamed Larbi Rahali Né en 1956 à Tétouan Vit et travail à Tétouan La légende de l’oeuvre: 3omri / ma vie 1984 / 2009 - boites d’allumettes et objets / dessin techniques mixte… Dimensions variables Espace 150x295 11 décembre au 11 janvier 2010 Larbi Rahali est doué pour l’apprentissage des techniques ; il a une sorte d’intelligence dans les mains, un acquis technique qui va le servir pour réaliser son travail plastique. En parallèle à ses études – niveau baccalauréat – et le passage discontinu pendant deux années à l’école des beaux arts de Tétouan, il a appris à faire de la menuiserie et la mécanique en passant par les métiers du bâtiment. Mais sa grande passion reste la mer. Ce qui l’a amené à se faire marin pêcheur pendant une dizaine d’années ! En 1984, au café Dalya qui se trouve dans la médina, Larbi commence la récupération des boites d’allumettes qui sont jetés par les clients. L’espace du fond de la boite d’allumette devient paysage, portrait, dessin géométrique, collage etc… La boite devient sa matière première, son support sur lequel il va projeter ses rêves en dessinant ce qui l’entoure et ce qu’il entend… Tous les sujets sont traités ! Des sujets provoqué par la télévision que l’on écoute / que l’on regarde. Des sujets Inspirés par la discussion des clients du café ainsi que par la vie dont grouille la vielle médina de Tétouan. Tous les moyens techniques du dessin sont employés et d’autres inventés ! Par exemple le dessin avec le souffre d’allumette, par le feu ou en dessinant - gravant avec un stylo vide ! Economie de moyen, récupération et support de travail qui ne dépasse pas la dimension d’une boitte d’allumette. Larbi a trouvé le moyen de décrire, d’inscrire son quotidien dans un espace réduit d’une boite, espace aussi réduit que l’horizon d’une jeunesse qui brûlait le temps dans les cafés… L’atelier de Mohamed Larbi Rahali se trouve dans ses poches ! Il a toujours porté avec lui ce dont il a besoin pour décrire son quotidien. Son travail qu’il présente a l’espace est une sorte de journal / parcours qui a été réalisé pendant une trentaine d’années et dont le théâtre est la médina et la ville de Tétouan. D’ailleurs il a installé sa pièce 3omri comme un parcours dans les ruelles de la médina. L’ensemble ressemble aux maisons accrochées au Jbel Darssa. Moumene Larbi: Né en 1945 à Khémisset Vit et travail à Khémisset Légende : Collage 1994 / 2006 - Papier pour affiche de cinéma collé sur papier + cadre en bois. - Dimensions variable. Espace 150x295 Du 27 janvier au 15 mars 2010 Larbi Moumen, Ba âaroub Taoussi pour les amis, est exigeant dans tout ce qu’il entreprend. Découvrant la pratique de l’art à un âge avancé, il se donne corps et âme a cette nouvelle aventure avec la conscience de trouver ses propres moyens d’expression. Il a très vite laissé tomber le crayon, stylo et autres outils de dessin pour les remplacer par les ciseaux ! Les mêmes paires que celles avec lesquelles il exerce son métier de coiffeur depuis une cinquantaine d’années. Il dessine en coupant dans les couleurs qui lui offrent les affiches de cinéma. Il y a donc des formes qui sont découpées d’un seul geste et qui deviennent le sujet principal du travail, mais la majorité des travaux sont réalisés tel un tissage pour évoquer une forme, un paysage. Des travaux qui sont constitués, construit avec de centaines de lignes / fils de couleurs dont la hauteur ne dépasse pas quelques millimètres ! Travail de précision et de concentration – aigue. Un travail de moine ! En plus la fraîcheur et la poésie des couleurs, il y a l’importance du cadre dans son travail. Chaque collage est mis sous verre et encadré ; chaque cadre est peint avec une couleur qui fait échos à l’ensemble! L’artiste Moumen est un coloriste qui jubile / dessine dans la matière avec des ciseaux sans croquis préalable. Les travaux sont presque toujours de la même dimension, car son petit Hanout - lieu de travail qui est aussi l’espace dans lequel il vit- ne permet pas de réaliser de grand format. Une mezzanine comme dépôt pour les travaux, pour les livres et pour quelques vêtements ! Dernièrement, pour des raisons personnelles, Larbi a détruit presque la totalité de son travail qui a débuté vers les années 1990 !!! De centaines de travaux, il n’en reste qu’une vingtaine qui sont présentés à l’espace. Pour comprendre le cheminement d’un artiste, en plus de son travail réalisé antérieurement, il faut aller voir du côté de son parcours dans la vie : Larbi Moumene en quelques lignes : - naissance en 1945 - mort du père alors que Larbi est encore enfant - Apprentissage très tôt du métier de coiffeur - tour du Maroc ! - Apprentissage de la lecture en autodidacte - Al jarasse ; le hanout était un lieu de vie de Larbi, et aussi le lieu de rencontre pour les plaisirs de la vie mais aussi pour les choses de l’esprit. - Alcool, drogue et prison. - arrêt brutal de tout stimulant et sport. - ceinture noire première dan en karaté. - 20 ans de bénévolat a l’ecole Ibn Al Baytar pour les handicapés physique. Khémisset. - Fervent lecteur (en arabe) de grands noms de la littérature arabe, russe, française, etc… - Il exerce toujours avec art son métier de coiffeur. Ce qui réunit ces trois artistes : c’est leur éthique, leur attitude dans la vie même si l’art est une question d’expériences et non de principes, comme dirait le critique d’art américain Clément Greenberg. Espace 150x295